Patricia Lee Smith – 27 septembre 2019

25 mars 2008 – Une soirée ordinaire. Je m’enfonce dans la nuit devant un grand dessin à l’encre en écoutant en boucle « A Love Supreme » de John Coltrane. Je fais une pause et machinalement, j’allume la TV en passant devant. Arte annonce la diffusion dans quelques instants de « Dream of life », un film sur Patti Smith réalisé par Steven Sebring. Je me prépare un café et m’installe confortablement dans le canapé.

Patricia Lee Smith

Dès les premières minutes, il se passe quelque chose. Je suis happé par les images, la poésie qui s’en dégage et la personnalité envoûtante de Patti. Il y a des œuvres qui marquent votre vie. En tant qu’amateur des écrivains américains de la Beat Generation (de Kerouac à Ginsberg en passant par Bukowski) et des musiciens des sixties/seventies (des Doors aux Grateful Dead en passant par Janis Joplin), j’apprécie forcément la génération suivante qui nous a emmenés vers le punk comme Patti Smith, dont l’œuvre musicale m’accompagne depuis la découverte de l’album « Horse » à ma sortie d’adolescence. J’ai également lu « Babel », un recueil de poèmes datant des années 70, ouvrage qui a inspiré nombre de mes premières tentatives poétiques. Ce soir-là, « Dream of life » a ouvert une porte dans mon esprit. Je découvre une artiste complète, chanteuse et musicienne, écrivaine, poétesse, peintre et photographe. Une artiste dont l’œuvre globale est d’une cohérence implacable, en totale harmonie malgré la diversité des médiums employés. Une révélation.

Je me suis toujours volontairement enfermé dans des cases, préservant ma passion (et ma pratique) des mots, de la photographie… Pour n’afficher que mes encres. J’ai tendance à me croire incapable d’être dessinateur, peintre, photographe et poète à la fois. Peut-être par humilité et par respect pour ceux qui exercent avec génie qu’un seul de ces arts. Je ne sais pas mais, cela me perturbe assez pour préserver mes carnets remplis de proses et de vers libres et mes boîtes à chaussures, pleines de polaroids et autres instantanés. Ce documentaire vient de changer la donne. Il m’a littéralement libéré de tous ces concepts archaïques qui me polluent l’esprit, cette idée bien française que chacun doit rester dans le domaine d’activité qui lui a réussi, qu’il ne doit pas en sortir sous peine de ridicule, de comparaison et que sais-je encore.

Patricia Lee Smith

Patti Smith, 2019. Encre sur papier, A3

Les souvenirs de cette soirée sont encore bien présents dans ma mémoire. Je me souviens de chaque détail, de chaque instant. J’ai très peu dormi cette nuit-là et, en regardant le jour se lever, j’ai compris l’importance que cette artiste venait de prendre dans ma vie. Outre les références et la sensibilité artistique que je partage avec cette immense femme, c’est la vision du rôle de l’artiste qui m’a le plus influencé, quelle est sa place dans la société et par quels moyens il s’exprime. Pour cela, merci à vous chère Patricia Lee Smith.