L’attribution d’un numéro variable – 19 septembre 2019

La rapidité. La course a l’immédiateté. Les images envahissent l’espace vital, l’intimité feutrée. La publicité, les images sponsorisées. Les j’aime et autres partagez. L’artiste devient aliéné. Son œuvre devient produit, son travail une marchandise. Il fabrique pour diffuser, diffuser pour vendre, vendre pour exister, puis il finit par se vendre et devient le produit. La reconnaissance voilée d’irréalité, la soumission au marché, la direction dictée.

L’attribution d’un numéro variable

Chaque période forge l’artiste. Évolution ou régression ? En attaquant de front l’œuvre mystique, en apparence et, plonger dans la réalité. Du domaine de l’intérieur, introspection vers l’ouverture. La théorisation d’une technique (aussi maîtrisée soit-elle) n’est que futilité si elle manque d’essence et de profondeur, si elle n’est pas ancrée dans l’instant présent, si elle n’est pas le reflet exact d’une personnalité. L’art doit servir à quelque chose, à autre chose. Conceptualiser une démarche personnelle, la politiser et l’universaliser, la transformer en un mouvement, un courant, une pensée… Une projection désacralisée. L’artiste devient voyant et illimité, l’artiste se perd pour mieux trouver.

L’œuvre devient publique, domaine partagé.

L’art est une illusion. L’art est une névrose. L’art ne sert à rien. L’artiste fabrique son œuvre inutile pour échapper à la réalité. Le spectateur observe la cervelle de l’artiste, l’achète et l’accroche sur un mur au-dessus de la cheminée. L’art est une illusion qui nous détourne de la réalité. L’art est un simulacre.

Au fil des ans, l’attribution d’un numéro variable donne l’impression d’être consommée. L’enfermement devient constant. Les grilles se referment sur l’illusion d’une liberté de penser. Nos cerveaux consommables, véritables éponges prêtes à tout absorber, ramollissent devant le flot continu d’informations aliénantes, pensées pour nous occuper, nous manipuler et nous guider dans le sens du flux. La surveillance est globale et le mensonge létal. Les futilités deviennent des besoins et les écrans nos seuls amis. La peur est propagée comme un moyen de gardiennage sophistiqué. Tout est surveillé, encadré, contrôlé, analysé et recyclé pour mieux vampiriser. Les barrières se resserrent des deux côtés. La séparation est programmée.

La synchronisation silencieuse avance dans l’obscurité et s’engouffre dans le tunnel. Un long parcours s’annonce, bordé de barbelés. Un son au loin comme un espoir…

Le Joueur de flûte de Hamelin par sa musique, attira les rats qui le suivirent jusqu’à la rivière où ils se noyèrent.

La culture, devenue intégralement marchandise, doit aussi devenir la marchandise vedette de la société spectaculaire.
Guy Debord – La Société du spectacle (1967)